2541 critique | YCCallmeJulie

La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

YCCallmeJulie
mes pérégrinations dans l'entertainment lesbien (et gay)
Veni Vidi Movie | 16.03.2012 - 12 h 01 | 13 COMMENTAIRES
« Bye Bye Blondie » : quand on n’a que l’amour à s’offrir en partage

Étiquettes : , , , , , , ,

Hier soir, dans le cadre du « Jeudi, c’est gay-friendly » organisé par Yagg, j’ai découvert, comme les spectateurs de la salle 1 pleine à craquer du Gaumont Opera Premier, le troisième film de Virginie Despentes : Bye Bye Blondie. Avant de m’étendre sur ce projet attendu par la communauté et les fans de cette figure littéraire punk-trash qu’est Despentes, je me dois de préciser que je n’ai pas lu le roman éponyme duquel est adapté le film.

Ceci étant posé, la première chose que j’aurais envie d’écrire est : Bye Bye Blondie n’est pas un film lesbien. Quoi? Mais, elle a fumé la neige YCCallmeJulie? Le pitch c’est quand même ça : « Gloria (Béatrice Dalle) et Frances (Emmanuelle Béart) se sont rencontrées dans les années 80. Elles se sont aimées comme on s’aime à seize ans : drogue, sexe et rock&roll. Puis la vie les a séparées, et elles ont pris des chemins très différents. Vingt ans après, Frances revient chercher Gloria… »

J’argumente donc : Bye Bye Blondie raconte une histoire d’amour, avant tout. Et Despentes, qui nous fait plaisir – précisant hier soir que la visibilité des personnages gays et lesbiens au cinéma se réduit au profit d’une production familiale, a pris la décision de faire d’un des protagonistes de son roman une femme.  Mais le film n’est pas pensé comme un film lesbien, comme une de ces productions qui veut absolument parler des LGBT, chose qui n’est pas un mal en soi. Mais Dieu que cela fait du bien de voir un film où il se trouve que l’intrigue pourrait aussi bien marcher avec un couple hétéro qu’avec un couple homo. Pour ma part, c’est libératoire : c’est juste comme ça et il n’y a pas besoin de justifier.

Autre réflexion que j’ai envie de vous soumettre à propos de Bye Bye Blondie : une grande réalisation avec une mauvaise histoire ne fait pas un bon film et, à contrario, une bonne histoire avec une réalisation moyenne ne fait pas un mauvais film ; et c’est cette dernière proposition que je retiens. L’intrigue est puissante en ce qu’elle réussit le tour de force de nous faire croire à une rencontre improbable  – entre ce qu’on qualifierait dans les années UMP d’une ratée et d’une bourge décomplexée – qui tient sur un seul argument : l’esprit punk. Mais c’est quoi l’esprit punk ? De ce que nous montre Despentes, c’est d’abord la rage adolescente d’une Gloria hystérique, boostée au Berurier Noir, qui fait un séjour en HP parce qu’elle n’a pas la capacité de la mettre en veilleuse comme Frances, elle, issue de la bourgeoisie et qui s’oppose au carcan familial par l’expression de son homosexualité. Si rencontre il y a, c’est parce que Frances tombe sous le charme du « no limit » de Gloria qu’elle séduit par une attitude de petite butchette sûre d’elle assez savoureuse. Ce qui unit les deux adolescentes, c’est la liberté, l’absence de responsabilités sociales que représente l’esprit punk (au regard de ce nous impose la société moralisante d’aujourd’hui, on a tous envie de traîner sur un terrain vague, à boire de la Kro en écoutant « Beaucoup de libertés » de la Souris Déglinguée) . Si la réalisation n’est pas sidérante, Despentes rend un hommage nostalgique à la période punk dans un montage à l’image salie et granuleuse qui résume le bonheur adolescent des deux héroïnes et se perd en gros plans sur des visages pépères que viennent rehausser des coupes de cheveux qui appellent, aujourd’hui, le sourire.

Si je parle d’une réalisation moyenne, c’est surtout du au premier quart d’heure du film qui, il faut bien le dire, m’a fait pousser un : « oh merde, c’est quoi ce téléfilm? » Béatrice Dalle balance des affaires dans la cour d’un immeuble, signe de la rupture avec son mec, avant de rejoindre un squat bar/atelier d’artiste. Là, via notamment le personnage de la serveuse, Despentes introduit le personnage de Frances (et de son mari) qui trône sur la couverture d’un magazine. On a à peine le temps d’apprendre que Gloria connaît Frances et hop, cette dernière se pointe sur le palier. Bref, ces retrouvailles sont téléphonées et torchées. S’ensuit rapidement un premier flash-back (le film alterne constamment entre le temps présent et le temps passé du comment et ce qu’ont vécu les deux adolescentes) qui nous montre Gloria faire une crise d’hystérie sous les regards ahuris de ses parents. Une autre angoisse me monte : « zut, j’aime pas ce déballage de pathos ». Mon a priori se renforce quand je subis à l’image une Béatrice Dalle et une Emmanuelle Béart, jouant – toujours dans ce premier quart d’heure – assez mal les affres de la passion.

Puis, plus on avance et plus le film se met à respirer. Via d’abord la présence de Pascal Gregory, mari de convenance et romancier gay, qui entretient néanmoins un véritable amour/amitié avec Frances. Sa préciosité (en opposition à la férocité de Gloria) apporte quelques saynètes rafraichissantes, notamment celle de son rituel japonais d’auteur bloqué. La fraicheur vient également des flash-backs et de l’excellent jeu, pour le coup, de la jeune Gloria (Stéphanie Sokolinski) et de la jeune Frances (Clara Ponsot).

Enfin, je voudrais saluer le choix de Despentes : même si je ne suis pas renversée par le jeu de Dalle et de Béart, je trouve que symboliquement le casting est réussi. Les deux actrices sont deux beautés, deux révélations des années 80 : l’une avec 37,2° le matin (1985) et l’autre avec Jean De Florette (1986). Despentes est connue pour son goût de la phrase choc. La violence dans Bye Bye Blondie n’est pas verbale mais visuelle : oui, c’est le choc que de voir ces deux visages en gros plans, qui sont marqués, ont perdu leur beauté d’antan. Et ce n’est pas un hasard si, au cours d’une scène de rupture dans une boîte lesbienne, Despentes glisse une reprise par Sasha Andres et Lydia Lunch du titre de Léo Férré : « Avec le temps ». Oui tout fout le camp, y compris le physique. Alors que reste-t-il ? l’amour. Despentes nous sert un happy-end revendiqué auquel on croit, malgré les gueules vieillissantes, malgré les différences sociales, malgré les conventions. Et le titre qui me vient à l’esprit pour décrire cet amour ne peut être que celui chanté par Brel :

Quand on n’a que l’amour
A s’offrir en partage
Au jour du grand voyage
Qu’est notre grand amour
Quand on n’a que l’amour
Mon amour toi et moi
Pour qu’éclatent de joie
Chaque heure et chaque jour
Quand on n’a que l’amour
Pour vivre nos promesses
Sans nulle autre richesse
Que d’y croire toujours

P.S. : je ne vous colle pas la bande-annonce du film en fin de post, parce que franchement, je ne trouve pas qu’elle donne envie de voir le film et c’est bien dommage.

Veni Vidi Movie | 15.03.2012 - 11 h 04 | 0 COMMENTAIRES
Festival de Cannes : retour sur le certain regard d’ « Oslo 31 Août » et rumeurs sur la sélection 2012

Étiquettes : , , , ,

Hildy J. est une femme brillante, à la fois en avance sur et en phase avec son temps. Elle parle avec une gouaille inimitable, un débit de mitraillette, un charme volatile mais percutant et ensorceleur, ne craint pas la domination des hommes, mais juste à leur montrer qu’elle peut être l’égale, voire plus, des Henry C., Jean-Marc L, Stéphane B. et autres Serge D. de ce monde. Elle n’a toutefois pas besoin de les imiter, elle est juste satisfaite d’être elle-même et en ça, ironiquement, elle pourrait très devenir califesse à la place de la califesse, ou très vite suppléer à l’arriviste, la « déjà vieille » Eve H. Enfin, peut-être aussi est-elle un peu prétentieuse sur les bords. [La Dame du vendredi]

Depuis partout, et toujours, le cinéma n’a cesse de célébrer la suprématie de la jeunesse, de l’adolescence et la post-adolescence, comme si elle représentait le climax de l’existence, sa quintessence, sa raison d’être. Il semble aussi difficile hier qu’aujourd’hui de dépasser la simple fonction de « divertissement »: le grand spectacle étant surtout admiré pour ses vertus d’échappatoire. Ah, puissance de l’éphémère! La technologie se perfectionne comme pour toujours plus relativiser la qualité de la notion de « réel » et la marque du temps. Or, que se passe-t-il quand on a justement passé sa jeunesse à consumer la vie par les deux bouts, comme si demain ne pouvait être qu’autre chose qu’une abstraction intangible, une impossibilité tactile qu’il fallait ignorer pour « embrasser le présent » qui n’existerait que par lui-même, et qu’on se réveille un jour, adulte désaxé dans un monde qui vit à sa propre allure sans vraiment s’attacher à la myriade des infinies particularités des existentialismes appréhendés selon et pour chaque être? Comment se reconstruire quand on s’est peu à peu laissé dériver des autres et de leur inexorable marche en avant? Comment se relever après avoir subi la meurtrissure de l’échec personnel et qu’on a plus la même force qu’auparavant pour construire et entreprendre, ou peut-être même le courage, la témérité que nous permettait notre inexpérience?

Ces questions sont toutes savamment travaillées autour du très beau film du norvégien Joachim Trier, Oslo, 31 août, adapté du même roman de Drieu La Rochelle qui servit Le Feu Follet de Louis Malle. On y suit ici les vingt-quatre heures de la vie d’Anders (Anders Danielsen Lie) un jeune trentenaire  tout juste sorti de cure de désintoxication,  issu d’un milieu plutôt aisé mais et qui s’est perdu en cours de route dans le confort de la chaleur trompeuse de l’héroïne. Jeune, mais plus tout à fait, et ne se sentant certainement plus comme tel, il reprend contact avec ses proches, tous plus ou moins installés dans leurs petites vies confortables, et s’obstine à reprendre contact avec celle qui fut son grand amour. Instruit et intelligent, il ne perçoit pas forcément ses qualités comme étant forcément un avantage. Chez lui, elles se traduisent par un trop-plein de lucidité qui l’empêchent d’avoir la force de lutter, et en cela, l’aveuglent sur la réalité ou son manque de potentiel (qu’il semble voir, peut-être à tort, trop clairement que les autres).

Aussi joyeux qu’est le film, il ne tombe jamais dans la sécheresse coupante qu’on peut attendre d’un projet sur un ex-drogué. Son addiction, d’ailleurs, est sûrement moins le sujet principal que sa solitude, ou du moins son profond sentiment de solitude, qui l’empêche d’émerger ou de s’immerger dans cet état, comme le montre une scène pathétique, mais sans jugement, au début. Cette solitude est accrue par l’incapacité que ses liens les plus tangibles avec sa « vie d’avant » semblent incapables de réellement percer le mystère de sa mélancolie à la fois criante et sourde. Son meilleur ami ne cesse de mettre les pieds dans le plat par excès de légèreté. C’est ce qui se passe paradoxalement le mieux pour Anders, mieux que la précaution inconsciemment cruelle bien que prudente que d’autres, comme sa sœur, tiennent. Cette soeur, qui est si bien installée dans sa vie qu’elle prend peur d’être « atteinte » de déception, envoie ainsi une ancienne amie avec qui elle vient de renouer déjeuner avec son propre frère, sans se douter de l’impact (ou le minimisant) de l’envoi d’un intermédiaire. Les autres amis sont presque installés avec maris femmes et/ou enfants, ou au pire, ou dans l’acceptation du status quo opéré par le travail du temps et de la nécessité de l’avant. Quant aux promesses offertes par la rencontre d’une ancienne petite amie, ou d’une jeune fille tout juste à l’aune de sa « vie d’adulte », elles renvoient le trentenaire à son inquiétude étrange mais constante, à l’amertume d’un miroir trop évanescent pour ne pas lui rappeler la fragilité de cette insouciance.

Il ne faut pas croire que le film est glauque et désespéré dans l’absolu, la tendresse est proéminente même, que dans ce soit dans le regard du cinéaste sur son personnage, dans la mise en scène, dans l’ambiance et le ton du film. Or, c’est peut-être cette subjectivité qui rend le parcours plus angoissant pour le spectateur, comme si toute cette douceur ne pouvait être que fausse et destinée à être détruite, comme une tension sous-jacente que l’on devine par les choix de scénario et montage. Le film est très sophistiqué à ce sujet. On n’est jamais dans l’exposé et, souvent, la mise en scène se projette dans le regard, l’imaginaire de son protagoniste (la scène du café où il écoute, s’absorbe des expériences autres, ou invente leurs possibles). En somme, voilà un très beau film sur « tous les idées, les maux abîmés », sur le fait d’être d’une « génération désenchantée » – au passage, la bande-son est excellente.

Le film faisait partie de la selection « Un Certain Regard » l’année dernière et on espère que le cru cannois de cette année offrira  d’aussi belles surprises. Un mois avant l’annonce des sélections officielles, les rumeurs courent inévitablement et progressivement sur toutes les lèvres, se dégonflent ou s’affirment. On a en tout cas eu le top départ cette semaine, avec l’annonce du film d’ouverture, Moonrise Kingdom, de Wes Anderson, qui, sans grande surprise, promet donc une belle montée des marches dès le lancement: Bruce Willis, Edward Norton, Frances McDormand, Harvey Keitel, Tilda Swinton et Bill Murray.

Les annonces des distributeurs précisent d’autres films sur les radars: Cosmopolis de David Cronenberg, avec Robert Pattinson, Paul Giamatti, Samantha Norton, Sarah Gaddon, Mathieu Amalric et Juliette Binoche, annoncé pour le 23 mai, De Rouille et d’os, de Jacques Audiard, avec Marion Cotillard, Matthias Schoenarts, Céline Sallette et Bouli Lanners, avancé au 17 mai, ou encore Sur la route de Walter Salles (voir l’article de jaydee). On peut voire même espérer The Master de Paul Thomas Anderson, avec Joaquin Phoenix, Philip Seymour Hoffman, Amy Adams et Laura Dern, qui semble terminé – les frères Weinstein envisagent sérieusement de sortir le film en octobre, mais on peut d’ores et déjà faire une croix sur The Grandmasters de Wong Kar-Wai, l’Arlésienne déjà attendue l’année dernière et qui ne pourra être prête avant grand minimum décembre. Il y a bien évidemment nombre d’autres rumeurs plus ou moins bien fondées, mais attendons un peu avant de se gaver dans le jeu des pronostics.

Veni Vidi Movie | 03.02.2012 - 15 h 29 | 17 COMMENTAIRES
« En Secret » de Maryam Keshavarz : ma jeunesse (circonstancielle) fout le camp

Étiquettes : , , , , , , ,

Hier, grâce au « jeudi c’est gay-friendly » de Yagg, j’ai découvert le film En Secret de la réalisatrice Maryam Keshavarz qui sort mercredi prochain, le 8 février. J’étais assez impatiente car j’avais repéré ce long-métrage depuis l’année dernière, lorsqu’il était présenté au Festival du Film de Sundance. Le titre international Circumstance (circonstance/situation)  est d’ailleurs bien meilleur que En secret, choix du distributeur Ad Vitam qui est quelque peu réducteur. Parce que l’histoire décrite dans ce film évoque effectivement une circonstance, à savoir une particularité qui accompagne un événement. [Spoilers] L’événement en question c’est le mariage de Mehran (Reza Sixo Safai), ancien toxico perdu qui trouve une ancrage dans l’extrémisme religieux, et de Shirin (Sarah Kazemy) la meilleure amie de sa sœur Atefeh (Nikohl Boosheri) et son amante secrète (la particularité).

La première partie du film (avant mariage) présente, via les deux personnages féminins, une jeunesse iranienne qui contourne la pression du gouvernement pour exulter via des fêtes privées. Atefeh a grandi dans un milieu aisé. Ses parents, Firouz (Soheil Parsa) et Azar (Nasrin Pakkho)  qui mènent à une vie « à l’occidentale », ont d’ailleurs participé à faire la révolution de la fin des années 70. Shirin, elle, vit avec son oncle et sa tante. On l’apprendra au fil du récit, elle est orpheline – ses deux parents, professeurs à l’université, ont été tués par le régime sous prétexte d’avoir tenu des positions antirévolutionnaires. La réalisatrice pose très vite l’antagonisme de la vie de ces deux jeunes femmes qui jonglent entre soirées où l’alcool et la drogue tournent et la rigueur exigée en public (une femme qui prend un taxi seule à la nuit tombée est une femme facile, les femmes ne peuvent pas se baigner dans la mer car cela implique de porter un maillot dénudant, il est interdit d’organiser des concerts, etc). Shirin, beauté silencieuse, est aimantée par la côté rebelle d’Atefeh qui n’a pas vraiment conscience du danger de son attitude frondeuse. Leur amitié tourne rapidement à la relation physique. Cette transgression renforce leur envie de liberté qui les pousse à oser plus. Ainsi, sous la houlette d’un copain fraîchement débarquée des Etats-Unis, elles doublent Harvey Milk pour le faire tourner au marché noir et poser, à leur manière, un acte militant. La scène est d’ailleurs excellente, montrant sur un mode comique, la complexité et dangerosité de la situations des gays dans le pays.

En parallèle au parcours des jeunes femmes, la réalisatrice nous invite à suivre celui de Mehran, le frère qui, on le suppose après un cure de désintox, revient dans la maison familiale. Perdu, décalé par rapport à l’ambiance joviale de la maisonnette, agacé par l’attention sincère paternelle (Firouz, sur ses gardes, lui demande quand même de faire des analyses d’urine), Mehran se réfugie dans la religion et trouve une oreille attentive auprès d’un révolutionnaire intégriste. Plus l’on voit les jeunes filles se lâcher, plus on devine que Mehran se recentre. Il se pose d’abord en observateur, en contrôleur puis en censeur (il en vient à tabasser son ex dealer). Il devient obsédé par la beauté de Shirin. Et on en arrive donc au tournant du récit : Mehran dénonce une fête à laquelle sa sœur et Shirin participent pour faire pression sur cette dernière et la demander en mariage. Et comme l’oncle de la jeune femme cherche à la caser depuis un moment déjà, c’est joué en deux temps et trois mouvements – et ce dans le dos d’Atefeh. On entre alors dans la deuxième partie du film qui me séduit moins. Atefeh, souffre de cette union, se met en retrait jusqu’à ce que Shirin, ne supportant plus l’absence de contact, la rejoigne dans sa chambre. Sans m’étendre sur le final, dramatique mais pas tragique, le récit se resserre, mettant en avant la pression intégriste que porte Mehran.

La réalisation, notamment dans la première partie par d’habiles cuts entre scènes de la vie publique et scène de la vie privée (avec renfort musical – bonne BO d’ailleurs), plante le spectateur dans cet entre-deux que gèrent mal les jeunes femmes. La tension qui se dégage du visage de Shifrin, au regard avide pour Atefeh/fuyant pour l’extérieur, est portée par un usage (pour une fois) très efficace des gros plans. Ce que j’aime moins est la manière dont la réalisatrice traite les quelques passages fantasmés qui posent les désirs des deux protagonistes. Installées tête-bêche sur le lit, Shirin et Atefeh imaginent un futur dans lequel la première serait l’agent de la seconde, devenu danseuse à Dubaï. Ce rêve d’adolescente est illustré par une séquence semi-glamour dans laquelle les deux jeunes femmes, en robes de soirée, se tournent autour et finissent dans le lit d’une superbe villa qui surplombe la mer. Je ne suis guère conquise par ce soulignement un peu lourd et visuellement « petit-bras » si je peux me permettre (à l’inverse du passage où le frère a une crise de manque – très gros plans hypnotiques, musique lancinante, teinte rouge dominante). Du point de vue de la narration, le basculement de Mehran du côté obscur de la force aurait pu être un chouïa plus nuancé. On comprend très vie qu’il s’accroche à la religion comme il l’a fait à la drogue. Mais il n’est pas qu’intégriste, il le devient parce que c’est aussi un obsessionnel. On apprend qu’il a installé des caméras dans la maison pour espionner sa famille et sa future femme. Il manque, à mes yeux, une brève séquence où on le verrait physiquement le faire, ce qui permettrait de graduer la montée en puissance de son caractère.

Je dois confesser que, durant le visionnage, je n’est pas été particulièrement emportée et suis sortie de la séance plus emballée par ce que le film racontait que ce qu’il montrait.  Et puis, ce matin, au réveil, j’y pense encore. Il faut dire, que la grosse qualité du film vient de l’excellent casting. L’ensemble des acteurs jouent particulièrement bien. Au finish, le film a clairement laissé son empreinte, sans que je n’y prenne garde. Pour un premier long, le résultat se pose là. Et, découvrant cette jeunesse iranienne, je ne peux m’empêcher de penser  aux paroles de la chanson immortalisée par Françoise Hardy :

Ma jeunesse fout l’camp
Tout au long d’un poème
Et d’une rime à l’autre
Elle va bras ballants
Ma jeunesse fout l’camp
A la morte fontaine
Et les coupeurs d’osier
Moissonnent mes vingt ans

P.S. [mode je râle] Nous avions le plaisir hier au soir d’avoir la présence de Sarah Kazemy, aka Shirin, qui a éclairé  l’audience sur la situation de la jeunesse en Iran. Ce fut bref. D’autant que M. Francis Huster est intervenu. Il a pris la parole pour finalement ne pas vraiment poser de question à l’actrice qu’il connait mais pour vanter les mérites du film qu’il trouve extraordinaire. Et quelle ne fut pas mas surprise d’entendre, parmi ses premiers arguments, un c’est formidable l’histoire de ces deux femmes, cette relation, « on y croit, on y croit vraiment ». J’ai envie de vous dire M. Huster que c’est quand même le contrat de base d’un film. Ce n’est pas parce que ce sont deux jeunes femmes et que la relation fonctionne à l’écran que c’est « formidablement » un plus. [/mode je râle]

Non classé | Veni Vidi Movie | 04.11.2011 - 11 h 51 | 20 COMMENTAIRES
« On ne choisit pas sa famille » : un vaudeville bâtard

Étiquettes : , , , , ,

Hier, dans le cadre du jeudi c’est gay-friendly, j’ai assistée à l’avant-première de On ne choisit pas sa famille de Christian Clavier. J’étais plutôt intriguée de découvrir le film, dans la mesure où pour une première réalisation, l’acteur populaire a choisi un sujet qui ne l’est pas encore vraiment : l’homoparentalité.

Le film est construit comme un vaudeville avec un sujet, ma foi, plutôt original pour une comédie grand public. Un couple de femmes, Kim (Muriel Robin) et Alex (Helena Noguerra) désirent d’adopter une fillette thaïlandaise. Mais, la législation a changé est désormais seuls les couples mariés peuvent prétendre à l’adoption. Les deux femmes décident donc de recruter un faux mari pour berner l’orphelinat et ramener la fillette en France. Elles choisissent par défaut César (Christian Clavier), frère d’Alex, un concessionnaire auto Lancia au bord de la faillite qui, en échange d’un soutien financier de sa sœur, accepte l’arrangement. Voilà donc Kim et César en partance pour la Thaïlande. A leur arrivée, ce n’est pas la mère supérieure de l’orphelinat qui les accueille, malade, mais Luix (Jean Reno) un médecin veuf d’origine basque, qui se montre très tatillon quand à l’évaluation du couple.

Cette situation de départ, ce mensonge, est donc la graine qui va permettre à Clavier d’enchaîner les quiproquos et les gags, le faux couple s’enfonçant un peu plus dans la catastrophe. Avant de parler du fond, je voudrais d’abord dire un mot de la forme. Si j’évoque le vaudeville, je regrette qu’il lorgne plus du côté de la farce, qui, pour reprendre  le Larousse,  est essentiellement fondée « sur les calembours et les numéros d’acteurs, dépourvu de véritable intrigue ». Le film avance comme un boulet de canon. Un gag chasse l’autre. Forcément, à un moment ou à un autre, cela vous fera rire. Clavier a un sens du gimmick aigu et un réel talent de dialoguiste. Pour autant, cette dynamique général, menée tambour battant, finit par étouffer. Il manque fondamentalement quelques scènes de respirations qui permettraient de donner corps aux personnages. A part dans le premier quart d’heure, il n’y pas un moment de tendresse. Or, l’intrigue les appelle ses moments. Ainsi, Alex, avocate, qui rejoint le faux couple pour sortir de prison César (je vous passe le pourquoi du comment de cette avancée) se fait courtiser par Luix. Elle joue le jeu histoire de ne pas éveiller les soupçons. Cette ligne secondaire apporte une nouvelle tension. Mais pas une fois on ne voit le couple qui pourtant traverse un moment périlleux (tant par rapport à l’adoption que par rapport à Luix ) douter, se remettre en question. Autre respiration émotionnelle manquante à mes yeux : une scène entre Alex et César. Ce frère et cette sœur ne se sont pas parlés pendant trois ans. Leur réunion est basée sur un rapport monétaire. Là encore, pas une fois on ne les voit se poser juste pour constater que cette aventure rocambolesque finalement leur permet de se retrouver. C’est inclus dans le package sans qu’on s’y attarde. De fait, difficile de s’attacher aux personnages qui ne sont presque caractérisés que par leur profession. Au final, Clavier, dans son rôle de beauf lourdingue finirait par être le plus  touchant (on le voit s’inquiéter pour sa mère, on voit son regard s’éclairer lorsque la petite l’appelle « papa »).

Toujours niveau forme, j’ai une autre interrogation. Généralement, dans une narration, surtout dans une comédie, lorsque mensonge il y a, le climax est amené par la découverte du mensonge, qui finit par amener un happy-end. Or, ce n’est pas ce que propose le film. La dynamique repose sur le fait que le trio Kim, César et Alex tente de cacher la vérité à Luix sur leur véritable situation. Logiquement on s’attendrait à ce que le final amène la découverte par Luix de la supercherie, à la panique, aux explications et finalement à une résolution positive. Or ce n’est pas ce que propose Clavier.  [Spoiler]  Luix ne découvre pas le pot-aux-roses. César, Kim et Alex rentrent en France avec la petite. Et, trois mois plus tard, pour l’anniversaire de la fillette, Luix se pointe pour conquérir Alex. César et Kim reprennent leur rôle de couple épanoui. Luix fait part à César de ses intentions auprès de sa sœur. César a beau lui confier que sa sœur est lesbienne, Luix décide de rester à Paris pour séduire la belle, s’incrustant dans la famille [/spoiler].

Pourquoi modifier les codes du genre pour nous servir cette fin décrite par Clavier, présent à la projection d’ « ouverte » mais que je qualifierais de bâtarde? On touche alors au fond. Le fait que César finalement devienne un papa en sus des deux mamans (si cela m’agace en tant que mère homoparentale) ne me choque pas. Le film est formaté pour un grand public plutôt hétéro. La ligne du « un enfant a besoin d’un père et d’une mère » est attendue. Par contre, la non résolution de la supercherie et la présence de Luix dans le final construisent une pirouette assez indigeste. Pour moi, Clavier prend partie. Que vient faire le docteur à Paris? D’un point de vue narratif, cela ne colle pas (c’est ce que j’ai essayé de démontrer).  Sa présence ne sert qu’à créer un quatuor bancal dans lequel la réalité d’une situation (deux femmes élèvent un enfant) est niée : non seulement, il faut encore jouer la comédie (le statut familial des deux femmes au finish n’est pas validé puisque non révélé) mais en plus leur couple même n’est pas reconnu puisque Luix, malgré la confidence de César, décide de tout faire pour séduire Alex (dernière réplique du film). La seule fin ouverte que je devine en somme est : on ne sait jamais. CQFD : dans une histoire basée sur un sujet de société, deux mamans se retrouvent avec un papa en sus et un prétendant pour qui tout est possible. Dans un film avec des personnages hétéro, les parents se seraient fait taper sur les doigts pour avoir voulu tricher mais les bons sentiments auraient pris le dessus et finalement, ils auraient pu résoudre leur dilemme : fonder une famille. Celle que nous propose Clavier est bancale et bâtarde. Dans la réalité (en tout cas la mienne), la famille homoparentale n’a rien a voir avec cette construction alambiquée et pour le coup compliquée pour l’enfant. J’ai envie de préciser que les gays et les lesbiennes choisissent leur famille, se battent pour construire un environnement sein pour leurs enfants (ce qui passent également par l’obtention de droits) et ne se laissent certainement pas porter par les aléas de la vie pour l’élever.

Bref, on est loin des Labiche et Feydeau qui utilisaient le vaudeville et ses mécanismes théâtraux pour  faire rire, bien sûr, mais aussi mettre à nu  les mensonges et dénoncer les conventions sociales.

P.S. : je voudrais caser un dernier mot aussi sur la représentation du couple lesbien. Durant le petit speech d’ouverture, Clavier comme Robin, ont souligné que la relation entre Kim et Alex était traitée avec naturel, de manière acquise – en gros, les mentalités ont changés, on ne va pas en faire tout un plat. Pourtant ce n’est pas ce qui est montré. Cette fois la caricature se veut militante : oui aujourd’hui deux femmes ont le droit de s’aimer. Ainsi, la scène où Alex accompagne Kim et César prendre l’avion. Les deux femmes ne s’embrassent pas pour se dire au revoir. Puis, dans un élan, Kim rattrape Alex et lui donne un gros, long baiser. Les gens qui font la queue ne manquent pas de les regarder et César reproche à Kim qui le rejoint de s’afficher de la sorte. Et Kim de l’envoyer gentiment paître. Je trouve ce traitement ringard dans le sens où c’était ce qu’on faisait il y a quinze ans pour enfoncer gentiment le clou militant (je pense à un Gazon Maudit). Depuis, la société a évolué. Ce qui eut été naturel aurait simplement était que les deux femmes s’embrassent comme tout couple qui se dit au revoir (ce qui n’aurait pas empêché de caser une réaction comique de César).

Veni Vidi Movie | 16.09.2011 - 13 h 46 | 20 COMMENTAIRES
Kyss Mig : un film lesbien poétique à ne pas manquer

Étiquettes : ,

Kyss Mig est le film lesbien qui fait le buzz sur la toile. Si le film est sorti le 21 juillet dernier en Suède, il n’y a encore rien d’annoncé pour une sortie française (comme d’habitude). Je suis donc aller chercher sur le net (comme d’habitude). Je dois dire que le film est une réussite.

[Spoilers, un peu mais pas trop]. Les premières images montrent un couple faire l’amour. Il s’agit de Mia (la brune Ruth Vega Fernandez) et de son boyfirend, Tim (Joakim Nätterqvist). Ça se passe, sans plus. Puis on entre dans le vif du sujet : Lasse (Krister Henriksson) et Elisabeth (Lena Endre) annonce leurs fiançailles. Sont présents à la fête la fille de Madame, Frida (la blonde Liv Mjönes), le jeune fils de Monsieur, Oskar (Tom Ljungman) et arrivent à la bourre Tim et Mia, la plus grande fille de Monsieur. Cette dernière fait part de son (également) prochain mariage avec son boyfriend, avec qui elle partage tout – y compris son travail. A la soirée, Mia remarque tout de suite la très très jolie blonde Frida qui elle aussi, cachée derrière son appareil photo pour prendre des clichés, semble aimantée vers cette brune toute en retenue mais au charisme certain. Comme on dit, c’est l’amour « at first sight » et Mia, à peine seule avec Frida (le temps d’un week-end) demande à la blonde de lui donner un baiser (élément déclencheur qui donne son titre au film). Et toi téléspectatrice tu te dis : pff, ca va très (trop?) vite. C’est là que le film surprend avec délicatesse. D’abord par sa réalisation, le ton est poétique : lumière froide (on est en Suède, faut pas l’oublier), alternance entre plans sur les paysages, plans rapprochés sur les personnages et musique gentiment mélancolantico-aérienne (la bande son est quand même composé par Marc Collin du groupe Nouvelle Vague). Ensuite, l’évidence de la rencontre, de prime abord simplette, prend en épaisseur au fur et à mesure que l’on découvre le background des personnages. La brune Mia n’est pas une oie blanche et la blonde Frida, n’est pas la lesbienne sûre d’elle – comme peut le laisser croire le premier quart d’heure.

Le film raconte l’histoire d’une femme qui  ne vit pas en adéquation avec ce qu’elle est. Mia, sous ses apparences de femmes en contrôle, ne fait que suivre le cours de ce que la vie lui apporte. Tim est une évidence intellectuelle et sociale. Frida est une une évidence émotionnelle et physique. Mia se laisse porter et tente d’éviter tout conflit (sauf par fois avec son père – à souligner la belle relation montrée entre un père et sa fille). Sa vie bascule lorsqu’elle prend une décision, celle du « baiser » premier. Frida, sous ses apparences de femme libérée, subit ce qui lui arrive. Elle avance d’abord sur des oeufs, ne voulant pas brusquer une Mia qu’elle croit hétéro. Puis, comprenant qu’elle n’est pas tout à fait la première, Frida attend que Mia agisse. Et comme rien ne se passe, Frida retourne à sa vie – une vie qu’elle partage avec une quelqu’une. Et oui, l’amour « at first sight » c’est merveilleux mais comment qu’on fait quand on est déjà investi avec un/une autre? D’abord on souffre en silence. Frida, la sensible, ne parvient pas à tricher. Mia, la fiévreuse, essaie de tricher jusqu’au bout. Puis on se retrouve dans un entre-deux mondes rien-qu’à-soi. Puis le rien-qu’à-soit ne suffit plus…  Rassurez-vous Mesdames, tout se finit bien. Un peu trop d’ailleurs à mon goût. Le final glisse vers un happy-end formaté qui n’est pas à la hauteur de la première partie.

Dans tous les cas, je vous conseille de le regarder. Sans être un chef-d’œuvre, c’est déjà du cinéma (et encore plus si on le compare à la production lesbienne en général qui, il faut bien le dire, n’est pas souvent remarquable).

P.S. : Le streaming c’est par ici (je le dis tout de suite, il faut comprendre la langue de Bellucci, Monica – parce que c’est sous-titré italien)

Veni Vidi Movie | 23.08.2011 - 11 h 21 | 8 COMMENTAIRES
Cowboys et Envahisseurs : l’art du ridicule

Étiquettes : , , , , ,

La semaine dernière, sous le soleil ricain, j’ai pu voir Cowboys & Aliens. Ma motivation était plutôt à son paroxisme. J’allais découvrir le film dans un cinéma comme on en fait plus, avec des tables entre chaque siège et un bar qui vous vend bières et vins pendant la séance. C’est donc munie d’un demi de Yuengling que j’ai découvert la dernière réalisation de Jon Favreau (monsieur Iron Man). Et je dois dire que les bras m’en sont tombés.  Entre un Daniel Craig (que pourtant j’adore) version thin et caricaturale de Clint Eastwood, Harrison Ford version poivre et sel, chemise blanche sale et gilet sombre qui nous plonge dans la nostalgie Star War (nous aussi on a vieilli alors?), Olivia Wilde version fairy immaculée, plus les envahisseurs version Alien le film avec double effet « kiss cool » (je n’en dis pas plus pour ne pas vous gâcher le plaisir) : le mix est impossible à digérer.

Pourtant les moyens étaient là (je rappelle que dans la douzaine de producteurs se trouvent Steven Spielberg et Ron Howard). Le résultat souffre sérieusement d’un manque d’humour (quand je pense à ce qu’un Blake Edwards aurait pu faire du sujet). Le problème vient de ce que Jon Favreau avec un sujet aussi délirant a voulu construire un vrai western. Pour reprendre les mots d’Harrison Ford : « Jon Favreau n’était pas intéressé par la parodie, ni l’humour, il voulait faire un western solide, en ajoutant des extraterrestres ». Ce qui fonctionne dans les premières 20 minutes (avec d’excellent second rôles : Paul Dano et Sam Rockwell). D’ailleurs, la bande-annonce française se concentre sur cette première partie (voir vidéo ci-après). Dès l’arrivée des envahisseurs, la dimension Sergio Leone du film se démantèle.  Sans second degré, chaque scène tourne au ridicule. Je me suis marrée, mais après le film, prise avec mes amies d’un fou rire aigu pendant la pause toilette de fin de séance. Le dernier énorme ratage cinématographique que j’ai vu, dans un autre genre, est Nine (super casting, bonne idée, bon réalisateur pour, au final, une comédie musicale lourde et factice). Bien sûr, je me suis empressée d’aller lire les critiques pour savoir si j’étais la seule à trouver le film si joyeusement loupé. Et j’ai dégoté cette review qui résume mon impression au sortir de la séance (à lire en anglais pour celles et ceux qui ne craignent pas les spoilers).

http://youtu.be/cCy2s3fsuCk

Veni Vidi Movie | 07.07.2011 - 10 h 02 | 6 COMMENTAIRES
Too Much Pussy ! : le corps, cette chose jouissive

Étiquettes : , , , , , , ,

Hier au soir, j’ai voulu élargir ma culture LGBTQ et je suis donc allée aller voir Too Much Pussy! feminist sluts in the Queer X Show, le film-doc d’Emilie Jouvet. J’étais intriguée parce qu’il fait bien le dire, il y a plus d’une décennie de cela, lorsque je sortais dans le milieu lesbien, le Queer n’était pas du tout à la mode, on ne se préoccupait pas de la question de genres ou du moins, elle s’exprimait à un niveau des plus basiques : « t’as les cheveux longs et les ongles faits, tu n’es pas lesbienne » ou « tu portes une chemise à carreaux, tu es butch ». Bref… je voulais en savoir un peu plus. A priori, je suis en plein dans la cible d’Emilie Jouvet qui dit avoir voulu faire un film grand public : « lorsque j’ai eu l’idée de faire ce film avec Wendy Delorme, notre espoir était qu’il soit vu par un maximum de gens, quels que soient leur genre, leur milieu, leur orientation sexuelle. On avait envie de faire partager ce moment d’intimité entre artistes, et surtout de faire entendre la parole de ces femmes ».

C’est donc open-minded que je me suis présentée au MK2 Beaubourg à la séance complète de 20h30. L’ambiance était sympa, avec un public tendance branchouille quand même et, me semble-t-il, connaisseur. Mais venons-en au film. Le générique, photo-montage animé, donne le ton : c’est gay, fun avec une musique rythmée et entrainante (à ce propos, la bande son est vraiment très bien et j’aurais aimé savoir s’il y a ou aura un CD). On déboule dans un univers étrange, celui d’un milieu underground où le sexe est outrageusement joyeux et revendiqué comme militant. Pendant 1h38, on suit les pérégrinations européennes (Paris, Bruxelles, Berlin, Copenhague, etc) d’une troupe de feminist sluts (salopes/baiseuses féministes) performeuses : une ancienne danseuse de peep-show (Mad Kate), une DJ (Metzgerei), des actrices X (Judy Minx et Madison Young), une travaille du sexe écrivaine (Wendy Delorme), et une artiste inclassable (Sadie Lune). Emilie Jouvet reste hors-champ. Dans un mélange parfois brouillon, la réalisatrice filme les délires inhérents à tout road-movie (arrêt à la station service, siestes dans le van surchargé, backstages), les performances des artistes qui évoluent à chaque représentation, et les à-côtés sexuels de cette virée. Le tout dégage une tonalité très joyeuse : ces filles se marrent, s’entendent bien et, on sent à l’écran, que cette expérience éphémère (la troupe a été montée spécialement et uniquement pour ce show) a motivé leur créativité.

Maintenant, de mon point de vue de novice, je reste un peu perplexe. Je n’ai jamais lu les théories Queer de Judith Butler ou Annie Sprinkle sur lesquelles s’appuient les performeuses pour évoquer leur démarche féministe. J’ai donc du mal à replacer le raisonnement dans un ensemble. Le documentaire ne me donne pas suffisamment de contexte. Exemple : Sadie Lune, fait une performance, « le cervix show », dans laquelle elle invite les spectateurs/trices à examiner son vagin qu’elle expose à l’aide d’un spéculum. Dans le film, cette scène ne se passe pas pendant le spectacle mais en plein jour dans une communauté Queer où dort la troupe. On voit donc les personnes en présence examiner, munies d’une petite lampe, le vagin en question. J’apprends, pendant le débat qui a suivi la projection que, pendant cette performance, Sadie Lune explique l’histoire de l’oppression des femmes dans l’histoire de la science gynécologique. Tout de suite, le démarche prend un sens. Mais tout ce que je vois dans le film, c’est surtout la partie jambes écartées. Pour simplifier, je dirais que le film met l’accent sur la provocation (je montre des corps qui suent, souffrent ou jouissent) et pas assez sur l’explication. Au cours d’une séquence, les performeuses reviennent sur leurs fantasmes, comment elles se sont libérées de la culpabilité liée à ces fantasmes en les pratiquant (ainsi, la sodomie pour Mad Kate, le fisting pour Wendy Delorme, etc). Mais, je m’en fous de leurs fantasmes. Ce qui m’intéresse c’est de savoir comment elles en sont arrivées à vouloir créer et militer par la mise en scène desdits fantasmes. J’aurais voulu voir un peu plus comment les performances respectives de chacune (basées sur des thématiques personnelles, comme le sang pour Mad Kate) se télescopent, se construisent pendant la tournée. J’aurais aimé savoir quelle fut la réception du Queer X Show auprès d’un public non LGBTQ ou gay-friendly?  A un niveau tout personnel (qui n’est pas une critique, juste un retour), la réification du corps comme objet de militantisme et de jouissance me gêne en ce sens qu’elle est incompatible avec la notion d’appartenance. J’aime que le corps de l’autre m’appartienne (au sens où moi seule ai accès à son intimité) et j’aime que le mien appartienne à l’autre.

Je ne regrette pas d’être allée voir le film, qui malgré ses maladresses, nous fait entrer dans l’univers jouissif et bon enfant de cette troupe de joyeuses baiseuses. Pour autant, je reste frustrée de ne pas avoir suffisamment eu de moyens pour décrypter le discours. Si le film-doc d’Emilie Jouvet balance, parfois en pleine poire, le résultat de la démarche de ces artistes, il propose une parole un peu trop brouillonne à mon goût. Pour militer, il faut aussi expliquer (je vous conseille d’ailleurs d’aller voir sur Youtube les divers makings off du film dans lesquels les performeuses s’expriment : Sadie Lune, Madison Young, Wendy Delorme, Judy Minx, Mad Kate). J’ajouterai que le point positif du film est de prouver au moins une chose : ce que ces artistes font de leur corps est peut-être choquant/intriguant mais pas dégradant.

Veni Vidi Movie | 16.06.2011 - 09 h 58 | 9 COMMENTAIRES
« Notre Paradis » de Gaël Morel : le poids des ans

Étiquettes : , ,

Hier, pour l’ouverture de la Gay Pride fait son cinéma, j’ai pu assister en avant-première à la projection du dernier film de Gaël Morel, Notre Paradis. Premier constat la salle n’est pas pleine (serait-ce la réputation du réalisateur à la filmographie pas toujours facile d’accès qui a frappé?). Deuxième constant : l’audience est majoritairement masculine (dommage). Je me cale dan le fauteuil de la très jolie salle du Gaumont Capucines dont le style Art Déco est tout à fait charmant. Bref, le film commence.

[Spoilers]. Et la première scène est plutôt bluffante. « Une vieille », comme il se définit,  monologue face à un gigolo qu’il a levé au bois de Boulogne.  Le dit Gigolo, c’est Vassili (Stéphane Rideau). Il est posé sur le canapé, la chemise ouverte, silencieux, avec une présence animale qui rappelle le Brando d’Un tramway nommé Désir, le bidon  proéminent en plus. Petit détail de poids, si je peux me permettre, puisque le thème du film c’est le vieillissement. D’entrée de jeu, Gaël Morel pose les jalons de sa thématique. La vielle fait remarquer à Vassili qu’il a bien raison de mentir sur son âge (Vassili dit avoir la vingtaine alors qu’il  affiche clairement la trentaine). La vieille veut prendre son temps pour bander – ce qui est le privilège justement des vieilles, met un disque de Roy Orbinson et va se rafraichir dans la salle de bain. Vassili se lève, et de sa présence massive rejoint son client pour… l’étrangler.

La réalisation est percutante, la scène originale. Et puis, on enchaîne sur une séquence qui, pour le coup, semble être filmée plus à la va- vite.  Vassili repasse au bois de Boulogne et tombe sur un jeune blond qui s’est fait agresser. Vassili  le ramène chez lui, le baptise Angelo, s’émerveille de la douceur de sa peau, l’héberge, le fait bosser avec lui, le regarde dormir. C’est le début d’une histoire d’amour entre deux putes. L’une sur le déclin, l’autre sans passé, qui à cette jeunesse dont tous les gays du film semblent vouloir jouir le temps d’un ébat. Le couple fait équipe pour baiser, pour voler ses clients mais Vassili ne peut refréner ses pulsions meurtrières. Sans entrer plus avant dans les détails, les deux héros doivent  fuir Paris.

Ceci étant posé, je dois dire que ce film ne m’a pas remuée, malgré son sujet a priori bien lourd. Si certaines scènes m’ont plu, celle d’ouverture, les plans moyens sur le visage et le corps alourdis de Béatrice Dalle (ancienne serveuse du Queen et à l’époque amie/amante de Vassili qui est rentrée vivre chez sa mère à Lyon lorsqu’elle est tombée enceinte), je suis restée à l’extérieur du film. J’ai d’abord un problème de tension. Ainsi, il n’y a pas de gradation dans la façon dont sont montrées les pulsions meurtrières de Vassili. Il tue comme ça, comme s’il s’agissait d’un acte gratuit (mes voisines de fauteuils se sont d’ailleurs faits la réflexion : pourquoi il tue?). Intellectuellement, on comprends qu’il tue ces vieux clients qui salissent la jeunesse d’Angelo, qui représentent (peut-être) ce qu’il redoute de devenir. Emotionnellement, j’aurais aimé être embarquée dans la fureur du personnage.

Si ce film ne m’a pas remuée, c’est aussi parce qu’il n’est pas fait pour me plaire (ce qui n’est pas un reproche, entendons-nous bien, c’est juste un constat). Notre paradis est un film pour les gays qui aborde de surcroît, un milieu (le monde de la nuit, les gigolos et la baise) qui concernent seulement une partie de la communauté homo. Je reste sur un sentiment de décalage,  certes intéressant, mais aussi un sentiment d’étrangeté. Ça me rappelle une anecdote que d’autres ont peut-être vécu. Je me promenais avec une amie dans le Marais et nous sommes entrées dans un bar d’où il n’y avait que des gays. Nous n’avons pas été mal reçues ou regardées de travers. Nous n’existions tout simplement pas. Ce n’était pas notre place que d’être là.  Nous avons donc bu notre verre en observant 10 minutes cet univers clos où les gens avait l’air de s’amuser puis nous sommes parties poursuivre la nuit ailleurs. C’est un peu ce qui s’est passé avec Notre Paradis. J’ai observé mais je ne suis pas parvenue à entrer dans le film, et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Je garde malgré tout une forte impression de la scène d’ouverture et le charisme de Stéphane Rideau en gigolo vieillissant est saisissant (je pense notamment à un travelling arrière où on le voit posé nu, sur un lit, fumant une cigarette -seul avec ce corps qui commence à le trahir).

Veni Vidi Movie | 05.05.2011 - 10 h 25 | 15 COMMENTAIRES
Elena Undone : retour vers le passé

Étiquettes : ,

J’ai enfin vu Elena Undone qui est sorti en DVD en  février dernier. Je m’interrogeais déjà sur la qualité du film  au regard  des échos et de l’angle de la promo. Le film part sur un ton plutôt humoristique, une sorte de gourou de l’amour nous explique en voix off que rencontrer sa ou son « soulmate » peut arriver n’importe quand, pour n’importe qui et qu’il faut y croire. On voit d’ailleurs quelques interviews de couples inattendus qu’il a rencontrés (à mon sens les morceaux les plus intéressants du film). Cette structure qui évoque – de loin – un Quand Harry Rencontre Sally, nous invite donc à suivre la rencontre deux deux femmes : Payton (Traci Dinwiddie) lesbienne qui vient de perdre sa mère et Elena (Necar Zadegan) femme de pasteur éteinte qui attend que les années passent.

La réalisation pesante, l’air de piano lancinant, les ralentis ennuyeux, autant le dire tout de suite : ce film ne présente aucune nuance. Les deux femmes, comme le martèlent les cinq premières minutes du film, sont donc des soulmates. Et vu la façon dont elles se bouffent des yeux à peine leurs regards se croisent, c’est impossible d’en douter. Elles deviennent amies – Elena, tremblante, à chaque effleurement. Payton finit par lui faire comprendre que leur relation ne peut se poursuivre parce qu’elle est lesbienne et que bon, elle a quand même des envies. Elena refuse de la laisser sortir de sa vie. Payton essaie de tenir la barre et Elena finit par céder à son désir. Ce qui nous amène à la scène du baiser le plus long du cinéma. Mais bon, Elena ne couche pas tout de suite. Les deux femmes préfèrent attendre, parce qu’après un passage horizontal, Payton fait bien comprendre à Elena que ce ne sera jamais plus comme avant (perso, j’ai pensé bonjour la prétention : si tu couches avec moi, ta vie ne sera plus jamais la même). Elena finit par ne plus en pouvoir et lance à Payton un « make love to me » sans équivoque (voir la bande-annonce ci-après qui est d’ailleurs nettement mieux et plus rythmée que le film). On en arrive donc à la scène charnelle.

Et là, je perds mon sang froid, mais pas du tout, du tout pour les raisons espérées. Comment peut-on en 2011 faire un film LGBT aussi peu crédible? Un longuissime baiser bouche fermée ou presque, en tout cas, sans langue (excusez-moi d’entrer dans les détails, mais ça compte), une scène de sexe digne d’un mauvais David Hamilton, avec musique dégoulinante de romantisme, deux femmes qui se regardent –  émues – les seins (je caricature à peine), une main qui frôle une cuisse et en gros basta. J’ai l’impression de revenir dix ans en arrière, lorsque on criait « waou, quelle audace » parce que deux héroïnes échangeaient un baiser plus ou moins chaste. Non mais sérieusement? A croire que The L Word n’a jamais existé. Mon agacement est d’autant plus grand que, lorsqu’il s’agit dans la première partie de se dévorer des yeux pour marquer l’attirance, les deux actrices sont à fond. La façon dont est filmée la concrétisation physique de cet amour n’en est que plus décevante. C’est quand même pas compliqué, si on choisit de montrer une scène de sexe dans un film LGBT essentiellement destiné aux LGBT, d’apporter un peu de véracité à la dite scène, non? Ou alors on ne filme pas de scène de sexe.  Imagine me & You fonctionne très bien sans ça.

Pour moi, ce film  est une régression, un retour à un traitement aseptisé d’une romance lesbienne.  Franchement, je serais vous, je ne perdrais pas mon temps à le regarder.

Veni Vidi Movie | 15.04.2011 - 11 h 27 | 14 COMMENTAIRES
« Tomboy » : un regard franc et touchant sur la question du genre et sur l’enfance

Étiquettes : , ,

Hier soir, j’ai pu découvrir en avant première (une fois de plus merci Yagg) le second film de Céline Sciamma, Tomboy. Avant même sa sortie, le 20 avril prochain, le film profite déjà  d’un bon bouche à oreille et a obtenu le prix du Jury au Teddy Awards 2011. Le buzz qui se crée est amplement justifié. Pitch du dossier de presse :

Laure a 10 ans. Laure est un garçon manqué. Arrivée dans un nouveau quartier, elle fait croire à Lisa et sa bande qu’elle est un garçon. Action ou vérité ? Action. L’été devient un grand terrain de jeu et Laure devient Michael, un garçon comme les autres, suffisamment différent pour attirer l’attention de Lisa qui en tombe amoureuse. Laure profite de sa nouvelle identité comme si la fin de l’été n’allait jamais révéler son troublant secret.

La grande force du film réside dans le parti-pris de la réalisatrice : pour ne pas glisser dans le pathos que peut générer un sujet aussi casse-gueule que celui de la question du genre, elle fait le choix de ne jamais entrer dans la question du pourquoi  mais s’attarde sur le comment.  Le film part sur un malentendu, Lisa la voisine prend Laure pour un garçon et cette dernière entre dans cette brèche (elle dit s’appeler Michael) dans laquelle, le temps, d’un été, elle va s’épanouir. Laure ne doute pas de sa démarche. Par contre, elle doute de ce corps androgyne qui peut la trahir. Le temps d’une partie de foot, elle fait comme ses nouveaux copains, se met torse nu, hésitante puis confiante de voir que tout va bien. Seul hic : les garçons font pipi debout, au bord du terrain. Laure est confrontée aux limites de son androgynie : elle  doit filer discrètement dans la forêt pour se soulager. Lorsque Lisa, devenue son amoureuse, lui propose d’aller se baigner avec les autres, Laure se trouve confronter à cette question du comment. On la voit batailler pour trouver une solution : elle retaille son maillot de bain pour en faire un slip et finit par dégoter un subterfuge pour pallier à son absence de pénis.

Le traitement est simple, pas ou très peu de musique (à l’exception d’une jolie scène de danse entre Lisa et Michael), et propose une suite d’instants de vie : Laure et sa petite sœur prennent leur bain, Laure et son père jouent aux cartes. Ce parti-pris de ne pas construire une narration explicative s’exprime par une réalisation qui use de plans rapprochés pour maintenir le spectateur au plus près des fillettes. Ainsi, une séquence où Laure pose pour sa petite sœur qui la dessine. On est immergé, avec plaisir et nostalgie, dans cette saynète enfantine, avec tout ce qu’elle a de naturel, d’enchanteur et de joueur. Puis, Lisa vient chercher Laure qui s’éclipse et laisse sa sœur. Céline Sciamma place alors un plan moyen où l’on voit la petite sœur seule avec ses crayons à dessins.  Ce qui m’a frappé dans le film est la solitude de ces deux fillettes. Les parents ont souvent déménagés. La mère, sur le point d’accoucher, passe ses journées au lit et le père travaille. L’enfance que la réalisatrice montre est teinté d’isolement. La petite sœur, qui finit par découvrir le secret de Laure, entre dans le jeu parce que cela lui permet de ne plus être seule, de pouvoir elle aussi aller jouer dehors avec de nouveaux copains. Michael est celui qui permet l’intégration.

J’ai été intriguée, à la fin de la projection, par la réaction des parents. Laure est proche de son père qui entretient son côté garçon manqué (il lui fait conduire la voiture, lui fait goûté de la bière). Lorsque le secret est découvert par la mère, au soir, le père retrouve Laure dans sa chambre. Gêné, il essaie de la consoler et lui explique que ça va passer. Quant à la mère, elle renvoie à son enfant sa propre impuissance.  Lorsqu’elle découvre l’imposture, elle force Laure à revêtir une robe pour aller s’excuser auprès des voisins. Elle ne répond pas au désespoir de son enfant qui refuse d’abord de la suivre mais lui demande si elle a une solution. Pendant la séance de questions-réponses qui a suivi la projection, la réalisatrice a précisé qu’elle ne voulait pas montrer des parents moralisateurs, qu’elle voulait s’en tenir au point de vue des enfants. Ce n’est pas exactement ce qu’elle fait. Céline Sciamma met délibérément les parents à distance. Leur non-implication permet de mieux montrer cette suspension, cet isolement qui habite la vie des fillettes.  C’est aussi ce qui m’a touché dans le film : la façon dont est dépeinte l’enfance, cette justesse de ton entre insouciance et solitude.

Jusqu’au bout, Céline Sciamma est cohérente avec son parti-pris et réussit, alors même qu’elle entretient un suspens grandissant (plus Michael existe, plus on redoute la chute),  à poser un climax fort mais pas larmoyant, et à conclure sur une fin ouverte sans frustrer son spectateur.

Les films auxquels j’ai pensé :  Le petit Prince a dit de Christine Pascal,  Boys Don’t Cry de Kimberly Peirce.

Publicité