Drool : une comédie décalée et enjouée
Outplay, éditeur de films LGBT, vient de sortir en DVD Drool, premier long métrage de la réalisatrice Nancy Kissam. Entre satire grinçante et conte décalé, cette comédie relate le parcours d'Anora (Laura Harring, la pulpeuse et glamour brune de Mulholland Drive), femme écrasée par son mari violent Cheb (Oded Fehr) et effacée avec ses deux enfants qui subissent également l'autorité paternelle. L'aînée Tabby (Ashley Duggan Smith) campe une adolescente rebelle qui exprime ses émotions en dessinant sur son cahier. Le cadet, Little Pete (Christopher Newhouse), reproduit l'attitude de son père pour mieux cacher ses tendances homosexuelles. La vie de la famille bascule lorsqu'une pimpante noire, Imogene (Jill Marie Jones) s'installe dans la maison voisine. Représentante en produits de beauté, elle ranime peu à peu Anora (crème par-ci, masque par-là) et lui rappelle qu'elle une très belle femme. Leur relation d'abord amicale glisse vers le désir. Manque de pot : le jour où ce désir se concrétise par un baiser, le mari violent rentre plus tôt et bourré à la maison. Anora, pour se défendre, le tue sous le regard des enfants qui reviennent juste de classe. Imogene prend alors les commandes de cette situation plus qu'encombrante, glisse le corps dans sa voiture et part avec la famille vers le sud pour se débarrasser du cadavre.
Le ton est délibérément et intelligemment caricatural. La première partie nous présente Anora comme une Cendrillon tristoune qui, pour surmonter la pâleur de sa vie, se raccroche à des saynètes fantasmées dans lesquelles elle et son mari (tout droit sortis d'un soap romantique) forment un couple parfait. Outre les fantasmes d'Anora, le film est entrecoupé par les dessins de Tabby qui prennent à vie à l'écran pour créer une distanciation comique franchement agréable. Drool se positionne dans la lignée des comédies indépendantes à la Juno mais lorgne aussi vers une satire au goût amer qui n'est pas sans rappeler l'univers d'un Todd Solondz (ainsi, la scène où Cheb, le mari, est convoqué par son patron qui le harasse sexuellement).
Certes le film est loin d'être parfait : si la première partie et le début du voyage sont convaincants, la seconde est trop artificielle. Imogene amène la petite famille chez Kathy K. (Ruthie Austin) la gourou des cosmétiques et fée bien intentionnée qui règle tous les problèmes. Imogene, qui crée la dynamique, manque d'émotion. La réaction des deux enfants face à la mort de leur père et la présence physique du cadavre, ne sont pas vraiment crédibles.
Mais, je rappelle qu'il s'agit d'un premier long, et que cet essai, malgré ses défauts, vaut qu'on s'y attarde. Une comédie réussie qui, en plus, aborde le thème de l'homosexualité, ce n'est quand même pas tous les jours que cela se trouve. Donc, à ajouter à votre liste de cadeaux de Noël.











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Tout pareil
Entre conte et caricature, j’apprécie beaucoup les films comme celui-ci qui ne se prennent pas au sérieux et te balancent quand même quelques vérités cinglantes, tout en maintenant la bonne humeur. Mon regret : les hommes sont tous des salops, sauf les gays, c’est une maladresse que la caricature assumée n’excuse pas, je trouve.
Merci Julie !
Mais comment fais-tu pour avoir l’oeil partout ? Il y a des alertes @yccallmejulie partout sur la toile ? Bon, en tout cas, t’as pas intérêt à arrêter ton blogounet, je crois qu’il devient indispensable à bon nombre de yaggeurs et yaggeuses.
et quel talent, Julie, pour les anglicismes discrets : harasser sexuellement pourrait s’entendre autrement
je découvre des pans ignorés de culture ici !! merci aussi donc,