Le Renaudot de V. Despentes : ça décape grave !
Pas vraiment un polar. Pas vraiment un récit initiatique. Ni franchement comédie, ni roman lesbien… Apocalypse Bébé, le dernier bouquin de Virginie Despentes qui vient, hier, de recevoir le prix Renaudot est un peu tout ça à la fois. Loin du trash-porn-provoque de Baise-moi, de la satire sociale des Jolies choses ou du féminisme subversif de King King Théorie, Despentes continue de chercher et se renouveler.
L’intrigue et le style nous embarquent comme le ferait un truck américain lancé à tombeau ouvert sur l’autoroute du sud. Chromes rutilants, couleurs criardes, pneus gonflés à bloc et musique à fond. On trace la route en compagnie d’un tandem improbable de deux détectives privées : une anti-héros, quintessence de la classe moyenne en tout, flanquée d’une lesbienne mi-Shane mi-Lisbeth Salander. Le tandem, donc, part à la poursuite d’une adolescente fugueuse qui recherche sa mère qui, elle, a choisi de s’en foutre.
Juste, drôle, énergique, incisif et très contemporain, on traverse à toute bombe la société française et on s’emballe jusqu’à ce que les freins de l’engin lâchent. L’histoire finit dans le mur, un peu comme Thelma et Louise dans le vide. Sauf que ça arrive un peu vite, un peu too much, et que le titre l’a rendu trop prévisible.
Mais quand même : ça décape grave !
P.S. : Merci à G. pour sa contribution car c'est à elle et non à moi que revient la maternité de ces lignes.











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Beau résumé
. Perso je ne m’attendais pas à une telle fin même si on est prévenu(e) qu’il va se passer un truc fort ! C’est mon premier Despentes et j’ai « kiffé ». MDR avec la signification du groupe PDTC. Du coup c’est vrai qu’on ne l’oublie plus
!
C’est donc forcément un livre que tu nous conseillerais ?
Pour ma part, je n’ai eu que de bons échos de ce livre, et justement peut être par ces mêmes échos de personnes pas très objectives
@caro : Je ne le conseillerais pas « forcément » parce qu’il y a des personnages lesbiens. Soutenir les productions LGBT uniquement parce qu’elles sont LGBT, ce n’est pas « forcément »
ma tasse de thé. Par contre, faire le relais pour assurer une visibilité n’empêche pas la critique. Pour le Despentes, je pense que ça vaut le coup de s’y arrêter, oui.
En relisant ma phrase, je me demande pourquoi j’ai écris « forcément »
D’accord avec toi pour la visibilité. Merci pour le résumé en tout cas
Personnellement j’ai trouvé ça vain, caricatural, peu crédible et vaguement chiant. J’oserais même dire limite ridicule par moments.
Je ne comprends pas ce que l’auteure de l’exceptionnel «King Kong Théorie» est venue foutre dans cette galère !
Ça m’a atterrée.
Qu’elle ait eu le Renaudot me fait bien grincer des dents : la société enterre ses radicaux les plus subversifs sous des tombereaux de fleurs.
Que c’est triste.
@sextoy , je rejoins ton avis et donc commentaire, roman un peu fade pour moi, très loin des souvenirs que m’avaient laissés ces précédents romans; peut être étais je plus jeune et plus susceptible d’y être sensible?
@sextoy, suis en accord avec ta critique cest fade…
merci pour la fin
Je ne le trouve pas fade. Ce n’est pas mon type de lecture. C’est vrai que c’est caricaturales, parfois racoleurs. Si on s’arrête à l’histoire (hormis la fin) on peut trouver ça banale. Mais moi sous les traits forcés des scènes, personnages etc ce sont les différentes causes de mal être de la société contemporaine que j’ai vu, qui sont comme photographiées, et on les voit tous ramer, se débattre pour s’en sortir à leur façon selon leur milieu, statut etc .. ce qui explique la fin ..Relisez le sous cet angle si dans un premier temps le style vous a paru fade ou vulgaire comme on me l’a dit aussi. Et le mal être, l’existence vaine, pataugé dans le caca ça se décrit avec des mots actuels : Zola avait été à son époque accusé de vulgarité de le décrire. Alors je dis que cette satire de notre société mérite bien un prix.
Et le fait que l’homosexualité féminine soit tout le long présent est secondaire pour mériter le prix mais qu’elle ai eu le prix avec ce point là ..est surprenant et positif.
Bah un bouquin ne peut pas plaire à tout le monde donc je n’essaierai pas de vous faire changer d’avis. Moi ce que j’ai aimé c’est cette vision du monde peinte via les yeux des différents personnages. Un monde très dur, mais très réaliste. Une jungle dans laquelle chacun se bat à sa façon. J’aime bien aussi le style et l’humour. Je ne suis pas très douée pour expliquer vraiment ce qui m’a plu mais j’ai trouvé la lecture de ce livre très fluide, très agréable. Je ne peux pas faire la comparaison avec les autres bouquins de V. Despentes car c’était mon premier.
J’ajouterais juste (en y repensant) que ce qui m’a plu aussi c’est la psychologie des personnages. Ce ne sont pas les plus paumés qui sont finalement les pires. En amont y a les gens bien d’apparence qui étouffent, phagocytent et poussent les autres au pire sans l’assumer. Et ceux qui s’en sortent deviennent à leur tours bourreaux.
Ben justement, je trouve que le regard acéré de Depentes sur la société hétéropatriarcale, celui qu’elle a exposé avec tant de pertinence et de force dans « King Kong Théorie », est ici noyé par tant d’effets de style maladroits et complaisants que ç’en est devenu gonflant à lire.
Paradoxalement, j’ai préféré Despentes hétéro que Despentes se découvrant/revendiquant gouine…
Ben décidément on n’a pas du tout lu le même livre ou quoi ?
C’est pas gonflant bien au contraire. Y a quand même une sacrée intrigue : où est passée Valentine ? Et de la complaisance y en a pas. Au contraire. Despentes en profite pour décrire et écorcher plein de choses au passage : la banlieue, les jeunes, le monde de l’édition, les catho, les beurres, les couples, les relations humaines très rapport de force, … Moi ça m’a captivée du début à la fin. Mais bon, ce n’est que mon humble point de vue.
Ben chais pas… t’as lu KK Theorie ?(sans vouloir donner trop l’air de me répéter ?)
@dejneida, je reconnais à ce livre une intrigue originale et le côté « décalé » de la détective me rappelle certains polars dont je suis friande. Ce n’est pas en soi un mauvais livre simplement un roman sympa! Pour ce qui est de la description sociétale effectivement on en perçoit une ébauche mais on est loin des romans anglais type david peace… Mais en fait peu importe tout cela si vous avez trouvé votre plaisir, c’est bien là l’essentiel; et puis si ce n’est pour celui là l’ensemble de ses romans valent bien un prix (rien que pour le choc de Baise-moi!)
@sextoy…ben non j’ai pas lu King Kong Théorie…vu que Appocalypse bébé est mon premier de Despentes (sans trop vouloir donner l’air de me répéter moi aussi). Ce que je voulais dire c’est qu’on n’a pas du tout lu le livre Appocalypse bébé de la même façon. A croire qu’on n’avait pas lu le même.
@Dejneida : c’est peut-être qu’on n’avait pas du tout les mêmes attentes, tout simplement.
Je trouve que dans ce roman, elle va beaucoup moins loin que dans KKT.
KKT est un bouquin à mon avis ultra important où elle ouvre des perspectives pour un nouveau féminisme et où elle critique de manière très radicale l’hétéropatriarcat capitaliste.
Maintenant si « Apocalypse bébé » donne envie à ses nouveaux-elles lecteurs-rices de lire KKT, c’est tout gagné !